Mudrâs bandhà et Drishtis

Mudrâ signifie « gestes », « sceaux » et bandha « contractions ».

Les appellations sont souvent aléatoires, un terme peut parfois remplacer l’autre.

Les postures concernent principalement le corps et la circulation de l’énergie dans le corps.

Le prânâyâma concerne le corps par son travail sur la respiration mais également l’énergie et la pensée grâce aux liens étroits entre respiration, énergie et mental.

Les mudrâ/bandha concernent essentiellement la structure énergétique et dans cette structure certains points cruciaux par les quels circulent plus ou moins bien l’énergie ou par les quels elle peut se disperser.

Citons entre autres : les mains, l’anus, le rectum, le sexe, le ventre, la gorge, la langue, la bouche, le nez, les yeux, les sourcils, les oreilles… Ils sont donc autant des techniques d’appoint dans les postures, la respiration la concentration ou la méditation, que des techniques autonomes et plénières quand elles sont pratiqués isolément, dans ce contexte leur finalité est d’exacerber l’énergie et de stabiliser le mental. Réciproquement les mudra/bandha incluent une attitude du corps, des respiration et de la concentration.

Les mains sont un « terminal » complexe et en relation étroite avec le corps, l’énergie et la pensée, ne parle-t-on pas avec les mains ? Dans la respiration ou la concentration les gestes des mains changent les trajets des énergies et ont une incidence réelle sur le mental.

Certains mudrâ des mains stimulent les énergies de la terre, d’autres de l’eau ou du vent, etc. dans la structure énergétique.

Les mudrâ des yeux.
Selon que les yeux sont convergents ou pas, qu’ils sont placés sur le bout du nez, le point entre les yeux ou le point inter sourcilier, les incidences sur les énergies et les chakra (par exemple) sont différentes.  

Les mudrâ de l’anus et du rectum.
Il s’agit de mula bandha mudrâ pour l’anus et  d’ashvini mudrâ pour le rectum correspondant aux adhara muladhara et gudadhara, l’un et l’autre étant des lieux de puissance et de fuite énergétique très importants. 

Les mudrâ de la langue.
Les trois principaux sont khechari mudrâ quand on retourne la langue à l’intérieur de la bouche, qu’elle touche la partie molle du palais et que sa pointe est recourbée pour toucher l’espace. Jhiva bandha quant la langue appuie sur le palais ainsi que sa point à la racine des dents du haut ou quand elle est entre les dents. Kaki mudrâ quant la langue prend la forme d’un tuyau allongé, qu’elle soit à l’intérieur de la bouche ou sortie.

Le mudrâ communs à l’ensemble des techniques.
Certains mudrâ se retrouvent systématiquement dans les postures, la respiration ou la concentrations. Ce sont mula bandha mudrâ, ashvini mudrâ, uddyana bandha mudrâ (la contraction du ventre), jalahandhara bandha mudrâ (la contraction de la gorge),  jhiva bandha mudrâ (les mudrâ de la langue), drishti mudrâ (les mudrâ des yeux).

 

Mulà Bandhà

(La contraction de la base)

Ce geste consiste à contracter en permanence les sphincters de l'anus vers le haut, il ressemble à ashvini mudrâ sauf qu'ici il convient de garder une contraction constante. Alors que dans Ashvini Mudrâ il est recherché des séquences de contration puissantes alternées avec des relâchements, dans Mulà Bandha il faut inscrire une contraction permanente et vigilante.

Ce centre se trouve particulièrement inervé et directement relié au système nerveux central de la moelle épinière, en contractant la base, le yogi stimule l'ensemble du sytème nerveux et le vivifie. Lorsque ce geste est correctement effectué, l'énergie ainsi stimulée doit transparaître jusque dans les yeux.

Dans le Yoga, il n'est pas de parties du corps qui soit ignorées, au contraire tout le corps est utilisé à des fins de stimulation de l'énergie. Cela peut paraître trivial ou grossier mais la base est un centre très important car il correspond comme à un réservoir d'énergies puissantes dans lequel le yogi puise sans retenue.

De plus, ce geste a la propriété d'inverser le cours d'apana, le souffle qui gouverne les énergies du bas. Au lieu de se diriger naturellement vers le bas et la  dispersion, il va au contraire se diriger vers le haut et fusionner avec Samana, le souffle du ventre.

Uddiyana Bandhà

(La contraction de l'abdomen)

Pour ce fair, à poumons vides, il faut comme inspirer tout en bloquant la respiration, cela doit avoir pour effet de contracter le ventre. Cela a pour effet de mettre un sens ascendant à l'énergie du ventre qui se trouve comme aspirée vers le haut. Si le souffle du ventre Samana se met à brûler avec intensité, il embrase également Prana, le soufle associé aux coeur et aux émotions.

Jalandhara Bandhà

(La contraction de la gorge)

Sans se voûter, il faut appuyer le menton au sternum et contracter la langue et la gorge. Le menton peut ne pas toucher forcément le sternum, mais il faut au moins le porter vers lui. Si le souffle de la gorge Uddana se met en activité il donne un sens ascendant à tous les autres.

Jivâ Bandhà

(La contraction de la langue)

Dans ce geste, il faut appuyer le bout de la langue à la racine des dents du haut, de sorte à exercer une légère contraction de la langue. Ce geste peut être plus ou moins appuyé selon le ressenti de chacun et selon les circonstances dans lesquelles on l'utilise.

Tria Bandhà

(Les trois contractions)

Il s'agit d'effectuer les trois contractions simultanément, en effectuant également Shambavi Mudrâ pour donner un sens ascendant à l'ensemble de la technique. C'est ainsi qu'Apana, le souffle d'en bas s'inverse, il fusionne alors avec Samana, le souffle du ventre qui s'mbrase, il fusionne lui même avec Prana dans le coeur qui doit être prêt pour accueillir l'intensité de cette énergie, enfin Uddana, le souffle de la gorge vient subtiliser l'ensemble des souffles.

Le souffle difussif Vyana prend alors le relai et se transforme en chaleur et frémissements parcourant tout le corps. Si l'énergie se condense dans la colonne et redevient pure, elle ressemble alors à un courant ascendant...

 

Drishtis
(Les techniques Oculaires)

Le Yoga possède multiples techniques oculaires nommées plus particulièrement Drishtis.

Ces techniques sont un entrainement précieux car elles ont des répercussions bénéfiques sur le plan de la santé, mais aussi de la vision et de la concentration.

Il n'est pas rare de constater chez les personnes qui les pratiquent régulièrement, un arrêt dans le processus de dégradation visuel ou même un recul de ce processus leurs permettant de récupérer des dixièmes qui semblaient à jamais perdus.

Comme d'habitude dans les pratiques de Yoga, seul un travail d'une extrême régularité porte ses fruits.

Dakshina : consiste à porter les yeux complétement à droite en prenant soins de réellement voir à l'extrême possible sur une ligne droite horizontale passant au niveau des yeux.

Vama : consiste à porter les yeux complètement à gauche en prenant soin de réellement voir à l'extrême possible sur une ligne droite horizontale passant au niveau des yeux.

Maddya : consiste à fixer un point dans l'espace devant soi, sur la ligne d'horizon, les paupières tombant.

Bhrumaddya : consiste à loucher en fixant un point entre les yeux.

Nasagra : consiste à loucher en fixant le bout du nez.

Shambavi : consiste à loucher en fixant le plus haut possible

Se mettre en position assise classique, la colonne bien droite, la Tête restant complètement immobile. La respiration doit être lente et faire participer le ventre. On peut utiliser le Mantra So à l'inspir et Ham à l'expir.

Chaque exercice doit être fait au moins 3 minutes, et peut être répété 2 ou 3 fois. Alterner les fixations.

I. Les Yeux
Ce que nous voyons, et comment nous regardons est en étroite relation avec notre activité cérébrale, notre fonctionnement métabolique et notre système postural.

Nous voyons avec notre cerveau
Du point de vue de leur développement embryologique, les yeux sont une extension du cerveau. Les nerfs optiques sont en fait une des voies du système nerveux central : les yeux ne sont qu’une partie du système visuel. Les yeux contribuent à 20 % de la fonction visuelle et le cerveau à 80 %.

C’est dans le cortex visuel, à l’arrière de la tête, que sont rassemblées toutes les informations perçues par les yeux, c’est-à-dire les couleurs, les formes, les contrastes et les mouvements où ils seront analysés et interprétés.
Nos croyances influencent notre fonction visuelle :
Notre cerveau comprend ce qu’il voit en fonction de ses critères de sélection, de ce qu’il connaît, et surtout, de ce à quoi il croit et de ce à quoi il s’attend.
Lorsque notre cerveau se trouve devant une image incompréhensible, nous avons du mal à la regarder, le cerveau « mouline » et nous sommes mal à l’aise.
Exemple : une image insoluble pour notre cerveau crée un malaise corporel.

Il existe un lien privilégié entre le cerveau et la vision, qui fonctionne dans les deux sens : l’activité cérébrale influence la vision, et ce qui est regardé (et de quelle manière) influence la fonction cérébrale. La fascination, les effets et les sensations, provoquées par la contemplation de Mandala ou d’un Yantra en est un exemple.

La pratiques des Mandala est traditionnellement une contemplation de l’univers, un support à la méditation, à la connaissance, au développement spirituel et à la relation. Jung l’utilisait comme "représentation symbolique des énergies et du fonctionnement de l’univers en interaction avec notre fonctionnement psychique". La création ou la contemplation de Mandala est souvent utilisé en pédagogie, en thérapies divers, pour apaiser, équilibrer, centrer ....

II. Les mouvements oculaires : fonctions physiologiques et psychologiques
Les mouvements de yeux sont en interaction avec l’activité cérébrale et corporelle.

1) Interaction yeux / corps
Les mouvements oculaires nous permettent d’obtenir une image claire de notre environnement et de cibles visuels.
Le système nerveux autonome (ortho-parasympathique) régit les fonctions du corps non volontaires en agissant essentiellement sur les muscles lisses internes.

Le système orthosympathique et le système parasympathique exercent généralement des effets antagonistes afin de maintenir un équilibre sur les mêmes organes le premier stimule, l’autre inhibe. Le système sympathique est associé à la mobilisation de l’énergie, il est dit ergotrope. Le système nerveux parasympathique est dit trophotrope (repos et digestion), il économise l’énergie et maintient les activités de base.

Ce système d’innervation s’applique également aux yeux, essentiellement sur l’accommodation. Une ceinture autour du globe oculaire, ayant des propriétés contractiles, est richement innervées par le système autonome et a cette capacité à déformer le globe oculaire lors d’une contraction simultanée. Lors d’un stress, par exemple, les premières modifications physiologiques du corps (ou colère, peur, panique, anxiété, irritation, énervement) sont le rétrécissement du champ visuel.

De la même manière que la respiration étant en relation étroite avec le système nerveux autonome, nous pouvons retro agir par le biais de la respiration sur le système nerveux autonome, il est possible d’agir sur le système ortho-para sympathique par le biais du control des mouvements oculaires.

Certains actions sur les yeux peuvent donc aider à la détente corporelle, à soulager des symptômes de stress, à libérer la respiration, modifier le rythme cardiaque etc .

Il existe un lien bio-mécanique privilégié entre les yeux et le rachis cervical. En effet, un des rôles du rachis cervical est de faciliter et augmenter la vision. Une perturbation de la vision entraînera forcément une compensation cervicale. Par exemple, si on est en présence d’un œil qui ne converge plus ou qui présente un problème de motricité quelconque, on observera une compensation cervicale pour conserver l’horizontalité du regard.

Il existe également un lien entre la vision et la stabilité du corps. Pour se tenir debout, on a besoin des yeux. On est moins stable en absence de vision. Par conséquent, un problème visuel non corrigé va avoir des répercussions sur la stabilité du corps et aura des conséquences de crispation et déséquilibres sur des chaines musculaires.

Conscientiser et libérer le regard , ou fixer un point précis aura des effets sur les tensions du cou, le dynamisme et la détente des chaines musculaires.

2) Les mouvements des yeux sont aussi l’expression d’une activité cérébrale particulière.

Par exemple pendant les stades de sommeil profond, où les grands muscles du squelette sont totalement décontractés, apparaissent les rêves et des mouvements oculaires rapides.
Il a été observé que les yeux font des mouvements particuliers suivant l’activité cérébrale opérée par la personne. En effet, dans chaque hémisphère cérébral, il y a certaines zones qui sont spécifique à certaines activités intellectuelles

Le mouvement oculaire permet à la personne de stimuler ces zones au moment de la réflexion. Le mouvement oculaire est en rapport direct avec le chemin sensoriel de l’individu. Il se rapporte aussi à la représentation mentale qu’il fait au moment de parler, ou d’agir. Des choses dont il se souvient ou qu’il est entrain de créer, de construire dans sa tête : images, sons, …

les yeux (et ses mouvements) , le regard, la vision : le drishti

La pratique des drishti est une technique qui est connue pour développer la concentration, faciliter la respiration et la réalisation des Asanas, favoriser un écoulement particulier du prana et apprendre à établir une relation directe.
Les drishtis sont une des bases de la pratique. Dans le Yoga Mala, Pattabhi Jois parle peu des dristhis mais les décrits comme "un lieu de regard fixe", et une des règles essentielles de la méthode du Yoga shastra (traité du Yoga).

1) Dans la pratique du drishti, le regard est fixé sur un point précis, les mouvements oculaires involontaires cessent (ils correspondent à toutes ces petites distractions qui peuvent même passer inaperçues).

Cette fixation du regard est le premier point essentiel , elle est utilisée dans la tradition Yogique.
Isolement, cela est classé comme un Kriya (nettoyage) et nommé trataka, les yeux sont maintenus sans ciller sur un point précis, jusqu’à la formation de larmes. Trataka fait partie des Sat karman exposés dans le Hatha Yoga Pradipika, c’est-à-dire des six actions préalables à la pratique du Pranayama. Ces actions constituent « des moyens de purifier le réceptacle physique » (HYP, II, 23)
Cette technique est décrite comme une purification et un soin pour les yeux mais aussi elle est censée susciter la clairvoyance.

Cette pratique nécessite et augmente à la fois concentration et relaxation.
Elle agit sur le système nerveux en suspendant un mouvement reflexe naturel du système oculaire : ciller. La stabilité du globe oculaire combiné à la détente nécessaire pour les laisser ouvert auront une action directe de mobilisation des fonctions cérébrales, et provoque une stabilisation de l’activité du cerveau.
Le second sloka du Yoga Korunta dit que si l’on dirige pas le regard ou il faut, et si on ne respire pas comme il faut, la pratique n’a pas de valeur, on ne développera pas de puissance mentale.